CHAPITRE XII

Perivor était une île agréable, au relief varié et au sol fertile. Les prairies d’un vert émeraude, semées de petits moutons blancs, alternaient avec des terres labourées, presque noires, où se dressaient des rangées rectilignes d’épis dorés caressés par le vent.

— C’est un beau pays, observa fièrement le baron Astellig en balayant les environs du regard. Quoique moins beau, assurément, que la lointaine Arendie.

— M’est avis que Tu serais, noble Sire, quelque peu déçu par la patrie de Tes ancêtres, objecta Garion. Si la contrée est attrayante, le royaume est le théâtre de luttes intestines et les serfs y souffrent misère.

— Cette triste situation prévaut donc encore… Le servage a été aboli ici il y a moult et moult années, révéla-t-il à un Garion fort surpris. Cette île était peuplée, avant notre arrivée, par des êtres doux et pacifiques, et nos ancêtres prirent épouse parmi eux. Ils tentèrent, au début, de réduire ces simples gens à la servitude, conformément à la coutume arendaise, mais ils comprirent bientôt qu’il y avait là une grave injustice, puisque les serfs étaient leurs frères par le mariage. Dis-moi, Sire Chevalier, si notre foyer ancestral souffre gravement des luttes intestines que Tu évoquais à l’instant ? demanda-t-il en se rembrunissant.

— D’aucuns nourrissent l’espoir de voir enfin l’apaisement du conflit, soupira Garion. Trois grands duchés guerroyaient depuis des siècles jusqu’à ce que l’un d’eux — Mimbre – impose sa domination aux deux autres ; toutefois la rébellion couve toujours sous la surface et les barons du sud de l’Arendie s’affrontent sans merci pour des motifs triviaux.

— La guerre ? Vraiment ? Perivor n’est pas exempt de rivalités, mais nous nous sommes efforcés de formaliser les disputes de sorte que nous déplorons peu de trépas, à présent.

— Qu’entends-tu, Messire, par « formaliser » ?

— A la possible exception des outrages ou des insultes irréparables, les différends se règlent d’ordinaire en lice. J’ai eu, de fait, à connaître d’un certain nombre de prétendues controverses forgées de toutes pièces par des adversaires complices, pour le simple plaisir de rompre des lances, ce qui distrait mêmement la noblesse et le peuple.

— Comme c’est civilisé, Messire ! s’exclama Zakath.

Garion, qui commençait à en avoir assez de forger des phrases ampoulées, invoqua le besoin de s’entretenir avec ses compagnons et remonta la colonne.

— Hé, hé, on dirait que vous êtes copains comme cochons, le baron et toi, lui lança Silk au passage.

— Ce n’est pas un mauvais bougre. En se frottant aux Dais, ces Arendais se sont débarrassés des travers les plus exaspérants de la race.

— Allons bon ! Lesquels, par exemple ?

— La bêtise au front de taureau, déjà. Ils ont aboli le servage et, au lieu de s’entretuer pour des broutilles, ils règlent leurs comptes par des tournois. Grand-père, fit Garion en s’approchant de Belgarath qui somnolait sur sa selle, tu crois que nous avons réussi à devancer Zandramas ?

— Comment veux-tu que je le sache ? rétorqua le vieux sorcier en ouvrant un œil.

— Et si j’utilisais l’Orbe ?

— J’aimerais autant éviter pour l’instant. Même si elle est dans l’île, ça ne nous dira pas où. Pour que l’Orbe réagisse, il faudrait qu’elle soit passée par ici. Or je suis sûr qu’elle peut la sentir et nous ne réussirions qu’à révéler notre présence. Et puis le Sardion est dans cette partie du monde et je ne vois pas l’intérêt de le réveiller.

— Tu pourrais peut-être interroger ton ami le baron, suggéra Silk. Si elle est dans les parages, il en a peut-être entendu parler.

— Ça, il y a peu de chances, quand on pense au mal de chien qu’elle s’est donné jusque-là pour passer inaperçue.

— Exact, admit Silk. Il est même probable qu’elle s’en donnera de plus en plus avec les lumières qu’elle a sous la peau.

— Attendons d’être à Dal Perivor, décida Belgarath. Je voudrais tirer certaines choses au clair avant que nous ne commettions l’irréparable.

— Et si nous interrogions Cyradis ? souffla Garion en jetant un coup d’œil à la sibylle installée dans la somptueuse voiture que le baron avait mise à la disposition des dames.

— A quoi bon ? Elle n’aurait pas le droit de nous répondre.

— Il se pourrait que nous ayons un petit avantage quand même, nota Silk. C’est Cyradis qui va faire le choix, et le fait qu’elle voyage avec nous et pas avec Zandramas est plutôt bon signe, vous ne pensez pas ?

— A mon avis, renifla Garion, elle nous accompagne surtout pour tenir Zakath à l’œil. Il a une tâche primordiale à accomplir et elle ne tient pas à ce qu’il s’égare en route.

Le petit Drasnien acquiesça d’un grommellement.

— Bon, reprit-il, par où avez-vous l’intention de commencer à chercher la carte que nous sommes censés trouver ?

— Dans une bibliothèque, répondit le vieux sorcier. C’est encore une de ces fichues énigmes et j’ai eu la main plutôt heureuse, jusque-là, dans les endroits de ce genre. Garion, quand nous serons à Dal Perivor, essaie de convaincre le baron de nous introduire à la cour du roi. Les bibliothèques royales sont souvent bien fournies. Et puis j’aimerais assez voir la tête du sorcier dont il nous a parlé. Silk, vous avez un bureau, ici ?

— Hélas non, Belgarath. Il n’y a rien dans cette île qui vaille la peine qu’on en fasse le négoce.

— Tant pis, nous nous débrouillerons autrement.

Vous êtes un homme d’affaires et il y en a forcément d’autres en ville. Allez parler boutique avec eux. Interrogez-les sur les voies navigables dans le secteur et regardez toutes les cartes sur lesquelles vous pourrez mettre la main. Vous savez ce que nous cherchons.

— Ça, Belgarath, c’est de la triche, ronchonna Beldin. C’est à toi que Cyradis a dit de trouver la carte.

— J’ai quand même le droit de déléguer certaines démarches !

— Je doute qu’elle voie les choses comme ça.

— Eh bien, tu lui expliqueras la situation. Tu es beaucoup plus convaincant que moi.

Ils avançaient par courtes étapes pas trop fatigantes, plus pour épargner leurs montures qu’autre chose car les petits chevaux de Perivor peinaient sous le poids des hommes en armure. Aussi plusieurs jours avaient-ils passé lorsque, en arrivant au sommet d’une colline, ils embrassèrent du regard la cité portuaire qui était la capitale de Perivor.

— Contemplez Dal Perivor ! déclama le baron. La couronne et le cœur de l’île.

Les Arendais qui s’étaient échoués, deux mille ans auparavant, sur ce rivage du bout du monde, s’étaient manifestement donné un mal fou pour reproduire la ville de Vo Mimbre. Des étendards multicolores ornaient les flèches et les tours qui se dressaient au-dessus des immenses remparts jaunes.

— D’où viennent ces pierres jaunes, Messire ? s’enquit Zakath. Je n’en ai point vu de cette couleur en chemin.

Le baron étouffa une petite toux embarrassée.

— Les murailles sont peintes, Sire Chevalier, répondit-il. De Vo Mimbre nos ancêtres avaient une si forte nostalgie qu’ils se sont efforcés de la reconstruire ici le plus fidèlement possible. Vo Mimbre est le joyau de notre Arendie originelle, et l’or de ses murailles continue de vibrer en notre âme par-delà les siècles et les océans. Ainsi que je vous l’ai promis, Messeigneurs, je me ferai une joie de vous mener, vos amis et vous-mêmes, au palais du roi où Sa Majesté vous honorera sans nul doute de son hospitalité.

— Nous T’en sommes, noble Chevalier, infiniment reconnaissants, répondit Garion avec chaleur.

— Je me dois de T’avouer, Sire Chevalier, reprit le baron avec un petit sourire en coin, que je ne suis pas mû par des motifs entièrement désintéressés. Présenter à la cour des chevaliers étrangers animés par une si noble quête me vaudra assurément un grand prestige.

— Voilà qui me convient parfaitement, mon ami, s’esclaffa Garion. Ainsi, tout le monde en tire avantage.

Le palais ressemblait étonnamment à celui de Vo Mimbre. C’était une véritable forteresse à l’intérieur de la citadelle avec ses remparts et sa porte bardée de fer.

— Cette fois, au moins, mon grand-père ne sera pas obligé de faire pousser un arbre, marmonna Garion.

— Pardon ? fit Zakath.

— La première fois que nous sommes allés à Vo Mimbre, le chevalier qui montait la garde aux portes du palais n’a pas voulu croire Mandorallen quand il lui a présenté Belgarath le Sorcier. Grand-père a pris une brindille qui s’était accrochée à la queue de son cheval et il a fait pousser un pommier sur la place, devant le palais. Puis il a ordonné au chevalier incrédule de s’en occuper jusqu’à la fin de ses jours.

— Et… il le fait ?

— Sûrement. Les Mimbraïques ont un grand sens du devoir.

— Ce sont de drôles de gens.

— Comme vous dites ! J’ai dû mettre l’épée dans les reins de Mandorallen pour lui faire épouser une fille qu’il aimait depuis l’enfance, et il a fallu, accessoirement, que j’arrête une guerre.

— Comment arrête-t-on une guerre ?

— Avec des menaces. Ils les ont prises assez au sérieux, je dois dire. L’orage que j’ai provoqué n’y était peut-être pas pour rien, ajouta-t-il pensivement. Enfin, Mandorallen et Nerina s’aimaient et souffraient en silence depuis des années. C’était magnifique, bien sûr, mais j’ai fini par en avoir assez et je les ai obligés à passer aux actes – sous la menace, encore une fois. Ce grand canif, fit-il en indiquant son arme du pouce, m’aide parfois à me faire respecter.

— Garion ! s’esclaffa Zakath. Vous êtes un paysan.

— D’accord. N’empêche qu’ils ont fini par se marier. Ils sont fous de bonheur et si quelque chose cloche un jour, ils pourront toujours me le mettre sur le dos, pas vrai ?

— Vous n’êtes pas un homme comme les autres, déclara le Malloréen, soudain très grave.

— Non, soupira Garion. Pas vraiment. Et si vous saviez comme je le regrette… Nous portons le monde sur nos épaules, Zakath, il pèse très lourd et ne nous laisse guère de temps à nous. Vous n’avez jamais eu envie de sortir à cheval, par un beau matin d’été, de regarder le soleil se lever et d’aller voir ce qu’il y a derrière la colline là-bas ?

— C’est un peu ce que nous faisons en ce moment, non ?

— Pas tout à fait. Nous le faisons parce que nous y sommes obligés et non pour le plaisir.

— Il y a des années que je n’ai rien fait pour le plaisir.

— Même quand vous avez menacé le roi Gethel de le crucifier, comme me l’a raconté Ce’Nedra ?

— Là, je dois dire que je me suis bien amusé, admit le Malloréen. Seulement je ne pouvais pas le faire. Gethel était un fieffé imbécile mais j’en avais trop besoin, à ce moment-là.

— On en revient toujours au même point. Nous faisons ce que nous devons faire et pas ce qui nous aimerions. Nous n’avons ni l’un ni l’autre demandé à être là où nous en sommes mais nous faisons ce qu’il faut et ce qu’on attend de nous. Si nous ne le faisions pas, ce serait la fin du monde et d’un tas de gens honnêtes et bons. Je ne permettrai pas que ça arrive si je peux faire autrement. Je ne trahirai pas ces hommes honnêtes et bons, et vous non plus. Vous êtes trop bon vous même.

— Ça, c’est nouveau !

— Vous vous sous-estimez, Zakath, et je pense que quelqu’un viendra très bientôt vous apprendre à ne plus vous haïr. Vous ne saviez pas que j’étais au courant ? insista impitoyablement Garion comme le Malloréen accusait le coup. Mais c’est déjà fait, ou à peu près. Vous avez déjà presque oublié la souffrance, la douleur et le remords, et si vous avez besoin de conseils sur le bonheur, je suis à votre disposition. Après tout, c’est à ça que servent les amis, non ?

La visière de Zakath étouffa un bref sanglot. La louve qui trottait à côté d’eux leva la tête vers Garion.

— Bien joué ! Il se peut que celle-ci t’ait mal jugé, jeune loup. Tu n’es peut-être plus un louveteau, après tout.

— Celui-ci fait de son mieux, répondit-il dans la langue des loups. Il espère seulement ne point trop démériter.

— Celle-ci a l’impression que tu promets, Garion.

— Merci, Grand-mère, dit-il, ses soupçons enfin confirmés.

— Il t’a fallu tout ce temps pour le dire ?

— Cela aurait pu être considéré comme impoli.

— Celle-ci commence à penser que tu es trop longtemps resté avec sa fille aînée. Celle-ci a eu l’occasion de remarquer son attachement aux bonnes manières. Peut-on te demander de garder ta découverte pour toi ?

— Si vous le souhaitez.

— Ce serait peut-être préférable. Quel est ce bâtiment ?

— Le palais du roi.

— Que sont les rois pour les loups ?

— Les deux-pattes ont pour coutume de les honorer, Grand-mère. Ils respectent plus la coutume que le porteur de la couronne.

— Quelle chose stupéfiante, fit-elle dans un reniflement.

Le pont-levis descendit dans un roulement de tonnerre et quelques grincements, puis le baron Astellig et ses chevaliers menèrent leurs hôtes dans la cour du palais.

La salle du trône de Dal Perivor n’avait rien à envier à celle de Vo Mimbre. Des contreforts de pierre sculptée saillaient sur les murs et montaient jusqu’au plafond voûté, encadrant de hautes fenêtres étroites, et la lumière filtrant à travers leurs vitraux multicolores sertissait de joyaux les dalles de marbre poli. Un tapis rouge menait au bout de l’immense salle vers l’estrade de pierre où se dressait le trône de Perivor. Le mur tendu de velours rouge s’ornait d’armes antiques, massives : des lances, des masses, des épées énormes, plus grandes que Garion, accrochées entre les bannières des rois qui s’étaient succédé là depuis deux mille ans.

Cette similitude rendait Garion tout rêveur. Il n’aurait pas été étonné de voir Mandorallen en armure étincelante, Barak, le géant à la barbe rouge et Hettar, avec sa queue de cheval, traverser la salle à grands pas pour les accueillir. Il eut à nouveau cette étrange impression de déjà-vu. Il réalisa avec un sursaut d’étonnement qu’en racontant ses expériences passées à Zakath, il les avait en quelque sorte revécues. Il lui sembla confusément qu’évacuer ainsi le passé le purifiait en vue de la rencontre maintenant inéluctable à l’Endroit-qui-n’est-plus.

— Souffrez, Preux Chevaliers, que je vous présente à Oldorin, notre roi, fit le baron Astellig à l’intention de Garion et Zakath. J’aviserai Sa Majesté des contraintes que votre quête fait peser sur vous.

— Cette courtoisie, cette considération, Messire Astellig, T’honorent grandement, fit Garion. C’est avec joie que nous nous inclinerons devant Ton roi.

Les trois hommes suivirent le tapis rouge menant au trône. Garion remarqua que le roi Oldorin avait l’air plus costaud que Korodullin d’Arendie, mais son regard exprimait une vacuité vertigineuse. Jamais pensée n’avait dû effleurer le cerveau qui se trouvait derrière ces yeux.

Un grand chevalier carré d’épaules s’approcha d’Astellig.

— Voilà, Messire, qui est contraire à la bienséance, dit-il. Ordonne à Tes compagnons de relever leur visière de sorte que le roi puisse contempler ceux qui l’approchent.

— J’exposerai à Sa Majesté la raison de cette nécessaire dissimulation, répondit Astellig avec une certaine raideur. Fais-moi la grâce de croire, Messire, que ces chevaliers, que j’ai la fierté de considérer comme des amis, ne sont point motivés par l’irrespect envers notre bien-aimé roi.

— Je regrette, insista le chevalier, mais je ne puis permettre ceci.

Le baron porta la main à la poignée de son épée.

— Du calme, intervint Garion en retenant son bras de sa main gantée d’acier. Il est, ainsi que nous le savons tous, interdit de dégainer son arme en présence du roi.

— Tu fais, Sire Chevalier, montre d’une connaissance certaine des usages, nota, un ton plus bas, l’homme qui leur barrait le chemin.

— J’ai été maintes fois en présence de monarques, Messire, et suis au fait des usages. Je T’assure que nous n’avons nulle intention de manquer de respect à Sa Majesté en l’approchant à visage couvert, mais nous y sommes contraints par un austère devoir.

— Tu parles bien, Messire Chevalier, admit le chevalier, l’air un peu moins sûr de lui à présent.

— Adoncques consentiras-Tu, Preux Chevalier, à nous accompagner, le baron Astellig, mon compagnon et moi-même vers le trône ? Un homme de Ta bravoure devrait, ce me semble, savoir prévenir tout acte de malveillance.

Garion avait remarqué qu’un peu de brosse à reluire suffisait souvent à détendre l’atmosphère.

— Certes. Qu’il en soit ainsi, Messeigneurs, décida le chevalier comme si on lui arrachait la langue.

Les quatre hommes s’avancèrent et s’inclinèrent avec raideur devant le trône.

— Loué sois-Tu, ô mon roi, commença Astellig.

— Baron, répondit Oldorin en opinant mécaniquement du chef.

— J’ai l’honneur de Te présenter deux chevaliers étrangers qui ont fait un long voyage pour mener à bien une noble quête.

Une lueur d’intérêt s’alluma dans l’œil du roi. Le mot « quête » avait éveillé un écho dans sa tête de Mimbraïque.

— Ainsi que l’a assurément remarqué Sa Majesté, continua Astellig, mes amis ont abaissé leur visière. Qu’elle n’y voie point signe d’irrespect, mais l’indice d’une précaution exigée par la nature de leur quête. Un grand péril menace le monde, et ils ont voyagé ainsi que plusieurs vaillants compagnons afin de l’affronter. Tous jouissent d’une réputation enviable par-delà les vastes océans, aussi craignent-ils, en révélant leur visage, d’être aussitôt reconnus et que le malfaisant personnage dont ils ont voué la perte ne s’ingénie à leur faire obstacle. Adoncques ne peuvent-ils relever leur visière.

— C’est une raisonnable précaution, acquiesça le roi. Salut à vous, Preux Chevaliers, et soyez les bienvenus.

— Loué sois-Tu, ô Sire, fit Garion, et sache que nous Te sommes infiniment reconnaissants de Ta compréhension. Moult enchantements adverses ont déjà émaillé notre quête et m’est avis que révéler notre identité serait nous condamner à l’échec, et promettre le monde entier à la damnation.

— Nous comprenons, Sire Chevalier, et n’exigerons point que Tu nous informes plus avant sur Ta quête. Les murs de tout palais ont des oreilles, et d’aucuns, ici-même, ont peut-être partie liée avec le mécréant que Tu cherches.

— C’est fort bien dit, ô mon Roi, fit une voix râpeuse venue du fond de la salle. Je ne le sais que trop, les pouvoirs des enchanteurs sont tels que même les prouesses de ces deux braves chevaliers ne sauraient en venir à bout.

Garion se retourna. L’homme qui venait de parler avait des yeux d’albâtre, complètement blancs.

— Le sorcier dont je Te parlais, murmura le baron Astellig à l’oreille de Garion. Prends garde à lui, Sire Chevalier, car il a l’oreille du roi.

— Ah, mon bon Erezel ! fit Oldorin en s’illuminant. Daigne approcher du trône. Peut-être, dans Ta grande sagesse, sauras-Tu conseiller à ces preux chevaliers le moyen d’éviter les enchantements qui se dresseront assurément sur leur chemin.

— Avec moult plaisir, ô Sire, répondit Naradas.

— Vous savez qui c’est, j’imagine ? souffla Zakath.

— Oui, répondit Garion sur le même ton.

Naradas s’approcha du trône.

— Si je puis me permettre de vous faire une suggestion, Messeigneurs, fit-il d’une voix onctueuse, un grand tournoi doit avoir lieu d’ici peu. Vous abstenir d’y participer risquerait de mettre la puce à l’oreille des espions qu’a sans doute placés ici celui que vous cherchez. Aussi ne saurais-je trop vous conseiller d’y prendre part.

— Que voilà une merveilleuse idée ! approuva chaleureusement le roi écervelé. Sachez, Preux Chevaliers, qu’Erezel est un grand sorcier et notre plus proche conseiller. Prenez bien garde à ses paroles, car elles recèlent une infinie sagesse. Nous serons, en outre, fort honoré que deux vaillants chevaliers tels que vous prennent part à nos prochaines joutes.

Garion l’aurait tué. Par cette suggestion apparemment anodine, Naradas venait de gagner un temps précieux. Seulement il ne voyait pas comment se sortir de là.

— Tout l’honneur est pour nous, et nous sommes immensément flattés à la perspective de rompre des lances avec les champions de Sa Majesté, dit-il en serrant les dents. Et quand le tournoi commence-t-il ?

— Dans dix jours d’ici, Messire Chevalier.

La sibylle de Kell
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